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Ultra Trail du Mont Blanc 2018

Trèfle Ingénierie

17/09/2018

Mon Ultra Trail du Mont Blanc 2018, 173km, 10 000m D+

Avant-propos :

les fidèles de notre fil d’actualités le savent, nous avons de grands sportifs chez Trèfle ! Fin août dernier, Trèfle Ingénierie a eu le plaisir de sponsoriser le nouvel exploit de Laurent, ingénieur mise en route de notre dream team Energie-Eau, qui a participé au mythique ultra-trail du Mont-Blanc. Au nom de toute l’équipe Trèfle un grand bravo ! Mais qui mieux que Lolo himself pour vous raconter et vivre avec lui, comme si vous y étiez, sa fabuleuse aventure !

« 10h41, dimanche 2 septembre 2018 : Dossard 2081, Finisher de l’UTMB en 40h41 min, 815ème.
Retour en arrière, décembre 2017 : organisation de la prochaine saison de trails : un trail déjà prévu fin avril, le Madeira Island Ultra Trail (MIUT), 115km et 7000m D+ comme trail de prépa, reste à trouver un 100 miles pour l’objectif de l’année. J’ai les points pour m’inscrire, pourquoi pas l’ UTMB ?
- « non, trop marketing comme trail, loin de l’esprit de la discipline »
- « en même temps j’ai les points pour m’inscrire, ça serait dommage de ne pas le faire une fois dans sa vie »
- « banco, je tente le tirage au sort ! »

Janvier 2018 : bip du téléphone, vous avez reçu un mail, « nous avons le plaisir de vous annoncer que vous êtes tiré au sort pour participer … »
Avril 2018 : participation au MIUT, bonne course, de bonnes montées bien avalées, de bon augure pour fin août.
6 mai 2018 : patatras, rechute d’un ancien accident du travail, opération d’un œil, un mois d’arrêt complet sans sport, et deux mois sans course à pied. Doutes.
Juin-juillet 2018 : retour aux affaires, participation à quelques trails de 45km, mais très difficile de s’entraîner avec la canicule, donc pas mal d’entraînements en salle. De plus c’est quoi cette p’tain de contracture qui fait des va et vient dans ma cuisse gauche ?? Malgré les séances de kiné ça ne part pas. Re-doutes.
Août 2018 : L’échéance approche…, météo toujours aussi chaude. Sachant que je dois stopper tout effort 12 jours avant le 31, date du départ, il ne me reste pas beaucoup de temps pour finaliser la préparation.
Une semaine familiale en vacances dans les Landes mi-août, et je dois dire que pour faire du dénivelé les Landes il y a mieux comme destination ! J’enchaîne donc les sorties sur la plage à courir dans le sable sec pieds nus, ça chauffe bien les cuisses, c’est cardio.

Jeudi 28 août 2018 : Départ en voiture pour Chamonix avec mon pote David qui me fait l’assistance, récupération du Airbnb, et direction le retrait des dossards. Toujours ce petit moment de stress avant le contrôle du matériel, même si j’ai vérifié dix fois mon sac, j’appréhende un peu. Enfin mon tour, « ok pour ci, ok pour ça,… elle est bien légère votre veste, je dois demander si elle est réglementaire ». Au prix ou elle coûte je te garantis que si tu reviens en me disant que ce n’est pas bon, tu vas voir ce que c’est qu’avaler une membrane Gore Tex ! Finalement, tout le check est OK, ça y est j’ai mon dossard.
Un petit tour dans le village exposants à la découverte de trails du monde entier, de nouveaux matériels, mais pas envie de perdre d’influx, retour maison, plâtrée de pâtes, un cachet pour dormir, boules Quies et au lit en espérant se réveiller le plus tard possible. Temps pas terrible cet aprèm, ça ira mieux demain et cette contracture qui est bien là enfouie au fond de ma cuisse…

Vendredi 29 août 2018 9h : j’ouvre les yeux, nuit pas trop mauvaise même si hachée. Je pars pour marche de 2km pour réveil musculaire, petit-dej 2 pains au chocolat et 2 croissants (faut faire des réserves), départ dans 9h. Temps toujours bouché, vraiment pas top. Vendredi matin je reste allongé.

Vendredi 29 août 2018 13h00 : message de l’organisation : « dégradation météo, mauvais temps jusqu’à samedi après-midi, très froid et neige en altitude. Equipez-vous chaudement ! ».
Déjeuner à 14h, riz au menu, dernier repas correct avant combien de temps ??
Après-midi, j’essaye de faire une sieste, mais c’est quoi cette boule au ventre qui arrive… la peur

Vendredi 29 août 2018 16h : : message de l’organisation : dégradation météo, mauvais temps jusqu’à samedi après-midi, très froid, vent, température ressentie -10°C. Kit grand froid indispensable ». Mon sac va s’alléger du coup vu que j’aurai tout sur moi, pas de dilemme pour s’habiller dès le départ.

Vendredi 29 août 2018 17h : départ pour la ligne d’arrivée, la porte de la chambre et son lit confortable se referme derrière moi… je suis dans ma bulle.
Attente 45 min debout sous la pluie, 2600 coureurs au départ, suis dans les derniers, je ne vois pas David, de toute façon impossible, il y a des milliers de personnes dans les rues de Chamonix, c’est de la folie !

Vendredi 29 août 2018 18h : libération des fauves, enfin le départ. Je mets environ 4 min pour passer sous l’arche de départ, quelques bouchons dans les rues du centre-ville, des milliers d’encouragements, je ne perds pas d’influx à taper dans les centaines de mains qui s’offrent à moi, chaque calorie économisée va compter.
8 km de plat jusqu’à les Houches pour décanter la course, je double tous les blaireaux qui se mettent derrière les pros sur la ligne de départ et qui 2kms plus loin n’avancent pas (ça y est je suis énervé !!), attention aux chevilles dans les fossés, ça serait con de se faire une entorse maintenant !
Les Houches, Saint-Gervais, direction les Contamines Monjoie ou David m’attend. Quelques encouragements, on recharge le sac, j’enfile couche supplémentaire. Tout va bien pour l’instant, mais les choses sérieuses commencent, ça va grimper sec !
Ma fille suit chaque check point jusqu’à tard dans la nuit, me regarde sur les webcams : « penser à lui faire des coucous à chaque passage »
La première nuit est très froide, pluie non-stop, brouillard, donc pas de lune, je ne vois rien de la nuit. Dans une descente, perte de l’appui sur une plaque de rochers, impact sur le genou droit, et réception sur cuisse droite, belle figure que je noterais par un bon 8/10. Le rocher du Mont Blanc c’est du costaud !, je sens perler sous mon cuissard mais c’est rien juste une égratignure.

Samedi 30 août 2018 : Courmayeur en vue, km 73, je suis sur un rythme trop élevé, il reste encore du chemin et à peine la moitié du dénivelé de fait, il ne pleut plus !
Rassurer tout le monde devant la webcam : Fait
David m’attend, besoin de réconfort, ça fait du bien.
Changement de vêtements, passage en mode jour, j’enlève mon cuissard long, aïe, genou un peu ouvert… Dilemme, vais-je voir les secouristes au risque de me faire recoudre voire même arrêter s' il n’y a personne pour faire ça ? On verra après ; j’essaye de manger, brin de toilette, et finalement direction service médical, pas besoin de points, un bandage suffira, mais gros hématome douloureux sur la cuisse, je finis sur la table de massage dans les mains des 3 kinés de la gente féminine… on est pas mal à Courmayeur finalement…, je me bénis d’avoir fait un brin de toilette avant, ayant encore dans les narines l’odeur de mes chaussettes après une nuit dans la boue et sous la pluie.
Lolo reprend toi ! Désolé mesdames mais faut vraiment que j’y aille, me reste juste 100 bornes. 1h20 de stop à Courmayeur ça fait très long, trop long.
La journée se passe plutôt bien, évidemment je souffre mais comme tout le monde je suppose, et arrive enfin le moment pour lequel je me suis économisé en descente et en montée depuis le départ, les 20kms de descente d’un sommet à 2600m jusqu’à Champeix en Suisse. J’arrive à courir je reprends des places.
Chaque coup de téléphone à la maison, et je tombe sur la suiveuse la plus assidue, ma fille qui est à fond derrière moi, impossible d’abandonner, même en rampant, mais je finirai.

Samedi 30 août 2018 21h : arrivée Champeix. Je suis bien entamé, cette descente va laisser des traces c’est sûr. Mon œdème sur la cuisse fait vraiment de plus en plus mal, et je ressens bien chaque impact sur le sol.
Pendant la seconde nuit, je me fais une entorse sur un appui même jambe, décidément ! Allez Laurent, un marathon avec 2000m D+ et c’est fini, tu le sais va falloir serrer les dents et finir au mental.
J’arrive à Vallorcine, reste 21km, je suis dans le dur, vraiment dans le dur. J’ai du mal à manger, à m’hydrater, j’ai mal aux jambes, je n’ai plus de jus, j’ai des irritations au c…, VDM…
Je repars de Vallorcine en donnant RDV à David sur la ligne d’arrivée, les dernières ascensions et descentes sont un vrai supplice, mon genou ne se plie plus, ma cheville se bloque, ma batterie interne indique 2%, j’ai des hallucinations, tous les voyants sont au vert ! Dernier check point à la station de ski de La Frégère au milieu des télésièges, je ne m’arrête pas, un verre de coca, encore 8 kms de descente et c’est la délivrance. Mon téléphone n’arrête pas de vibrer depuis le levé du jour, j’imagine les amis dans leurs lits douillets à consulter leurs tablettes ou allongés sur le canapé devant la télé…Vite oublier ce genre d’images.

Dimanche 1er septembre 2018 10h35 : Arrivée dans Chamonix, finalement je me suis fait violence et ai descendu plus vite que prévu, plein de gens dans les rues, les « allez Laurent » fusent de partout, l’adrénaline me fait profiter des derniers instants, là je peux taper dans les mains des enfants ! Plus la ligne approche et plus il y a du bruit, les gens tapent dans les barrières avec leurs mains, j’aperçois l’arche d’arrivée tant attendue, ça y est c’est fini !
Je reste quelques minutes amorphe dans l’aire d’arrivée, complètement perdu, puis rejoins mon pote David et tombe dans ses bras. Toute la pression retombe, du coup on en boit une assis au soleil, je regarde les centaines de messages sms, Whatsap, Messenger, Facebook non lus car je ne voulais pas polluer mon esprit avec ça. Faut pas me parler mes yeux sont rouges, je peux éclater en sanglots à tout instant.
J’attends un moment avant de rassurer les proches, ça y est je réalise que je l’ai fait, un autre 100 miles à mon actif mais celui-là il aura fallu aller chercher très loin physiquement et mentalement.

Dimanche 1er septembre 2018 11h30 : je suis douché, couché dans le lit sous deux couettes, je tremble j’ai froid. Après 1h, j’appelle David parti manger, « Ramènes toi avec un Kébab sauce algérienne et n’oublie pas les frites ! ».
Impossible de dormir, alors on va voir l’arrivée du dernier finisher. Les derniers concurrents arrivent plus ou moins en bon état, puis arrive le dernier qui finit sur le podium au milieu des bénévoles acclamé par toute une foule : « non mon pote t’es pas dernier, t’es le dernier finisher, il y en a 800 restés en carafe au bord du chemin, respect car je sais ce que tu viens de réaliser, bravo à toi, ta veste de finisher a la même valeur que celles des 1700 autres »
Le soir une bonne raclette au resto avec une bouteille de rouge, couché 22h, ça y est enfin je m’endors, pas trop tôt depuis vendredi matin.

Que retenir de cette course ?
Une organisation sans faille, une belle ambiance, des traileurs du monde entier, Chamonix mérite bien son nom de Capitale Mondiale du trail et l’UTMB comme la plus grande course du monde.

Vendredi 7 septembre 2018 15h30 : je viens de finir dans les temps mon récit demandé par l’adjudant-chef Nadia. Physiquement, je marche normalement, une jambe encore un peu enflée, j’ai beaucoup dormi cette semaine, je vais plutôt pas mal.
Reste désormais à décider la prochaine destination… »